Dans sa note, l’institut Montaigne compare les politiques publiques mises en place par la Chine, la Corée du Sud, Hong Kong, le Japon, Singapour et Taiwan pour lutter contre la pandémie. Les premières leçons tirées de l’expérience de l’Asie orientale peuvent alimenter la réflexion sur les stratégies post-confinement.

L’Asie orientale n’a pas de recette magique pour atteindre l’éradication complète du Covid-19. Elle a néanmoins connu des succès initiaux dans sa gestion de crise dont le reste du monde pourrait s’inspirer. 

Dans chacun de ces six cas, on trouve le plus souvent une combinaison des éléments suivants : l’activation de procédures de gestion de crise spécifiquement conçues pour lutter contre les maladies respiratoires infectieuses, des mesures de contrôle aux frontières, des mesures ciblant le comportement de la population, allant de l’appel à l’autodiscipline et à la quarantaine jusqu’au confinement total en Chine, la production de matériel médical, la mobilisation de l’industrie, et parfois de l’armée, une politique de dépistage, le recours à des outils numériques et des mesures économiques afin d’absorber le choc de la crise.

Des masques comme première ligne de défense

Partout, la réponse à la crise est passée par le port du masque. Certains commentateurs japonais voient dans cet équipement l’élément à l’origine du « miracle » par lequel aucun foyer de contamination n’a été imputable à la grande promiscuité subie aux heures de pointe dans les transports en commun (trains, métros). Des preuves récentes sur le rayon dans lequel les gouttelettes du virus peuvent contaminer un être humain, en particulier là où il y a une circulation d’air, viennent confirmer l’utilité des masques. Le fait qu’ils ne soient pas efficaces à 100% rappelle simplement l’enjeu général de la nécessité d’une combinaison de différentes méthodes de prévention. Le masque aura sans doute un rôle important à jouer pour le déconfinement.

Des outils numériques démocratiques

L’étude des réponses de l’Asie orientale à la pandémie montre combien les systèmes autoritaires n’ont pas le monopole de l’utilisation intrusive des outils numériques. Les démocraties développent leur propre approche en matière d’utilisation du big data, au service d’objectifs de santé publique et de gestion de crise. Chaque gouvernement fait des arbitrages à la fois politiques et techniques. Aucun de ces systèmes n’a eu le temps de prouver de manière décisive son utilité réelle en termes de suivi (tracking) des mouvements de population. Mais ces systèmes ont prouvé leur efficacité en matière de traçage des chaînes de contamination passées. Le fait qu’ils ne présentent pas un taux de réussite de 100% n’est pas surprenant : là encore, c’est la combinaison de différents outils qui importe le plus. Par exemple, un tracing et un tracking qui ne seraient pas adossés à des mesures de dépistage ou d’isolement en quarantaine auraient un effet bien plus limité.

Des contributions économiques à la sortie de la crise

L’étude des actions mises en place par les pays d’Asie orientale suggèrent deux réponses politiques. La première réside dans une réouverture coordonnée des frontières. Mais comme l’épidémie n’est à ce jour pas éradiquée, cette réouverture ne pourra se faire que sur la base de mesures préventives ayant fait l’objet d’accord et contrôlées, et elle ne saurait exclure la possibilité de fermetures de frontières locales en cas de nouvelles recrudescences de cas ou en cas de nouveaux foyers de  contamination. D’où la nécessité d’adopter des approches communes en matière de prévention, de dépistage, de confinement et de quarantaine, et donc de mettre les équipements disponibles en commun. Il s’agit d’un véritable enjeu de gouvernance mondiale, qui inclut la question du développement et de la disponibilité des vaccins. La leçon que les Européens peuvent en tirer est très claire : au lieu de tourner le dos à des approches européennes intégrées, nous devrions au contraire les promouvoir auprès de nos partenaires extérieurs.

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