Durant la crise de la Covid-19, certains industriels ont rendu publics les brevets de leurs produits afin de venir en aide aux soignants. Mais, en temps normal, sécuriser une innovation est essentiel pour s’affirmer sur son marché face à la concurrence. Florent Lamy, Responsable de la propriété intellectuelle Gas Renewables and Power chez Total, partage son expérience de professionnel de la propriété industrielle (PI).

Comment sait-on que l’on détient une idée innovante qui mérite d’être protégée ?

Florent Lamy

« Lorsque, après avoir étudié le marché et son environnement métier, on a la conviction que c’est différenciant. N’attendez pas qu’elle soit complètement structurée pour solliciter vos experts PI : si on patiente trop longtemps, un concurrent peut vous damer le pion », explique Florent Lamy.

La protection industrielle permet ainsi d’éviter la contrefaçon et surtout de valoriser une invention. « C’est un signe envoyé à ses partenaires potentiels : j’ai un savoir-faire de qualité et je le protège ».

Trade secret ou brevet : lequel choisir ?

Qu’il s’agisse d’un produit, d’un procédé, d’une création esthétique ou même d’un design, de nombreux aspects d’une innovation peuvent être protégés par la PI. « Depuis quelques années, elle s’étend également au digital, à des créations basées sur l’intelligence artificielle, la modélisation, les softwares, etc. ». Mais quel outil de sécurisation choisir ? Le plus connu et le plus impactant en termes de protection, le brevet, permet de protéger une innovation durant vingt ans, mais obéit à des règles administratives strictes. C’est une solution à privilégier dans le cas d’un marché très concurrentiel et qui garantit l’exclusivité.

« Le Trade Secret – ou secret commercial – permet quant à lui de protéger ce qui est moins visible : procédés de fabrication, matériaux utilisés… et ce, de manière illimitée. Mais l’industriel doit alors mettre en place une organisation dédiée pour prouver qu’il détenait ces connaissances et qu’il a tout fait pour maintenir leur secret. Et pour apporter cette preuve, il est possible d’utiliser le système de datation. Ce dernier permet de dater de façon certaine une connaissance et de prouver ainsi la propriété de celle-ci à un instant T ».

Une démarche de sensibilisation

Ces différents outils permettent donc de lutter contre la contrefaçon, c’est-à-dire la reproduction intégrale ou partielle d’une innovation sans autorisation. « Il ne faut pas hésiter à impliquer le terrain ou même les utilisateurs dans le repérage de la contrefaçon”. Au-delà de cette vigilance, il est aussi essentiel de sensibiliser tous les collaborateurs à l’importance de la propriété industrielle.

« Pendant longtemps, on a cru que seuls les départements R&D contribuaient à l’innovation et donc étaient concernés par la propriété industrielle. On se rend compte aujourd’hui qu’une bonne idée peut naître n’importe où et qu’il est donc essentiel que tout le monde soit formé à cette notion ».

Ainsi, lorsque Total s’est rapproché de Direct Energie, tous les collaborateurs de cette nouvelle filiale ont été sensibilisés. « La PI est un véritable levier de compétitivité. Et contrairement à certaines croyances, ce n’est pas forcément ‘l’idée du siècle’ ou la plus disruptive qui mérite d’être protégée. La grande majorité des innovations concernent l’amélioration de l’existant, par exemple, le perfectionnement d’un produit, l’optimisation d’un algorithme, etc. C’est également un moyen de valoriser le savoir-faire d’une entreprise. Un conseil donc : ayez le réflexe de la propriété industrielle et n’hésitez pas à vous rapprocher de vos experts internes pour vous accompagner ».

L’ouverture d’un brevet : un potentiel pour l’innovation ?

A l’instar de Decathlon qui a partagé le brevet de son masque de plongée pendant la crise sanitaire pour aider les soignants, la question du partage des innovations se pose. Au-delà d’un phénomène ponctuel lié à la conjoncture, cette démarche peut être amenée à se démocratiser. Dans une logique d’open innovation, certains constructeurs automobiles ont ainsi partagé leurs brevets liés à la voiture à hydrogène pour accélérer l’innovation, décupler les opportunités business et identifier des partenaires potentiels.

« Chez Total, nous sommes également dans une dynamique d’open innovation depuis plusieurs années, notamment à travers la recherche en partenariat avec des acteurs académiques ou industriels et le partage de la propriété intellectuelle générée. Par ailleurs, nous utilisons l’Open Source pour le développement de nos solutions digitales », explique Florent Lamy.

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