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Après le fordisme et le toyotisme, la montée en puissance du numérique et les nouvelles attentes des consommateurs imposent l’arrivée d’un nouveau modèle industriel. Son nom : le teslisme. Pour Michaël Valentin, directeur associé chez OPEO, Tesla porterait les stigmates de la 4e Révolution industrielle.

Michael Valentin

La marque automobile Tesla est indissociable de son patron Elon Musk. Et l’un, comme l’autre, ont fait couler beaucoup d’encre. Visionnaire surdoué et entrepreneur dans l’âme, Elon Musk séduit par son côté touche-à-tout génial. On lui doit non seulement la reprise de Tesla, mais aussi la création de l’entreprise astronautique SpaceX, la société de paiements PayPal, mais aussi celle de la startup d’interfaces cerveau-machine Neuralink. Sa personnalité reste, en revanche, beaucoup plus contrastée. Avec Tesla, le professionnel a réussi le pari fou de s’imposer comme le premier constructeur automobiles 100 % électrique. Pour autant, la marque est très loin de cocher toutes les cases de la réussite : les défis logistiques restent ainsi loin d’être réglés. Lourdement endettée, déficitaire, Tesla reste un modèle en construction. Sa mission d’accélérer la transition vers les énergies durables relève encore d’un objectif lointain et incertain.

Mais, au-delà de ces écueils, la marque porterait néanmoins les stigmates d’une nouvelle époque, celle de la 4e Révolution industrielle. C’est du moins la thèse qu’a développée Michaël Valentin, directeur associé chez OPEO, cabinet de conseil en excellence opérationnelle, dans un ouvrage intitulé «Le modèle Tesla. Du Toyotisme au Teslisme : la disruption d’Elon Musk».

Pour l’auteur, la période est propice à une rupture : « La 3e Révolution industrielle, qui s’est imposée au travers du toyotisme, est à bout de souffle. » Selon lui, l’omniprésence du digital bouleverse complètement les codes du passé en imposant une exigence d’immédiateté et de transparence. « En tant que consommateurs, nos besoins changent et ne sont plus nécessairement en adéquation avec l’ancien monde », explique Michaël Valentin. L’arrivée de la génération Y dans le monde du travail renforce cette tendance : en quête de sens, les Millennials sont plus sélectifs et scrutent avec scepticisme les emplacements des nouvelles usines de fabrication. L’exigence d’une économie verte rend aussi les systèmes industriels polluants complètement obsolètes et indésirables. Dans ce nouveau contexte, le modèle conçu par Tesla résoudrait certains de ces défis. Michaël Valentin met cependant en garde sur la définition même de modèle : « Tesla est un schéma dont on doit s’inspirer pour transformer son organisation et la rendre conforme à la 4e Révolution industrielle », explique-t-il. « Ce n’est donc pas nécessairement un exemple à suivre car son contexte est spécifique : il s’agit d’une entreprise du secteur automobile. »

Du lean à l’hypermanufacturing

Modèle en devenir, le teslisme recèlerait ainsi une série de principes fondateurs d’une nouvelle révolution industrielle. En commençant par l’hypermanufacturing : « C’est une montée de version du lean manufacturing », explique Michaël Valentin. « Il s’agit non seulement de continuer à promouvoir la rapidité et l’agilité de processus de fabrication, mais aussi de rationaliser à l’extrême pour tirer le meilleur parti des ressources rares. En résumé, de faire la chasse au gaspillage. » Pas de surconsommation dans le teslime, mais une frugalité qui s’exprime à tous les niveaux. « Dans ce modèle, il faut s’assurer de bien consommer toutes les données et de ne pas consommer trop d’énergie », poursuit le consultant d’OPEO.

Avec le teslisme, on entre aussi de plain-pied dans la cross-intégration qui répond à la fois au besoin de réactivité et à celui du respect de l’environnement. C’est pourquoi, dans cette logique, l’entreprise intègre au maximum l’ensemble des fonctions nécessaire à son activité, limitant ainsi la sous-traitance. « En résumé, tout ce qui permet de créer de la valeur d’usage pour le consommateur final doit être intégré », explique l’auteur. L’un des piliers les plus visibles de ce moteur réside dans la collaboration entre salariés. Les geeks côtoient les blouses bleues dans l’atelier sans distinction d’uniformes, mais dans un pur esprit de collaboration : « Les essais de voitures chez Tesla mobilisent tout le monde et pas simplement le pilote et son équipe restreinte », cite en exemple Michaël Valentin. « Ce mode de fonctionnement permet ainsi de réaliser l’ensemble des modifications en direct de façon à valider le produit sur place. ».

La mise en place de l’organisation du futur passerait aussi par une connexion très poussée entre hommes, machines et produits : « Chez Tesla, la conception des véhicules est pensée autour d’une architecture informatique robuste », explique Michaël Valentin, qui désigne ce processus par le terme de software integration. « Cette architecture, qui permet de connecter chaque composant, depuis le groupe motopropulseur jusqu’aux fonctions intérieures, présente l’énorme avantage de rendre le véhicule perfectible dans le temps par des montées de version, à la manière d’un logiciel. » Récemment, les équipes de Tesla ont ainsi pu régler un problème de freinage sur l’ensemble du parc installé de Model 3 en seulement quelques semaines. Avec une conséquence : la satisfaction immédiate de la requête des clients.

Le modèle Tesla pousserait même cette hyper-connexion à son paroxysme : il ne s’agirait plus seulement de “disrupter” l’entreprise, mais aussi d’introduire cette technologie de rupture dans un réseau de différents produits connectés au travers de plateformes. Michaël Valentin désigne ce processus par le terme de traction tentaculaire. « L’objectif serait de rendre possible l’échange d’énergie entre les voitures Tesla et les maisons, transformées en générateurs d’énergie solaire grâce à la filiale Solar City qui produit des tuiles équipées de panneaux solaires », explique le directeur associé d’OPEO.

Story-making et nouveau leadership

Dans le teslime, le récit revêt aussi une importance capitale. Tesla ne se contente pas simplement de raconter une histoire inspirante pour ses employés, ses clients et les citoyens, mais se projette aussi dans l’action : « Nous ne sommes plus dans le story-telling mais dans le story-making », explique l’auteur du teslime. Dans ce schéma, Elon Musk revêt une double casquette : celui du dirigeant-technicien, qui participe de façon active aux projets et à l’exécution opérationnelle. « La valeur de l’entreprise n’est plus dans les bureaux d’études où les ingénieurs développent des prototypes pendant de longues années », explique l’auteur du livre, « tout se joue désormais sur le terrain ». Le patron de Tesla est aussi un vecteur de communication très puissant. Sa communication externe au travers des réseaux sociaux est très directe. Quitte parfois à friser l’excès : l’été dernier, Elon Musk avait ainsi annoncé par tweet son intention de sortir Tesla de la Bourse, un pur coup de bluff qui lui avait valu de s’acquitter, lui et son entreprise, d’une amende de 20 millions de dollars infligée par le régulateur américain.

À l’inverse, la communication interne de l’entreprise est parfaitement verrouillée. « Lors de notre visite, nous avons pu parler à différents employés mais n’avons pas pu avoir d’entretien officiel avec Elon Musk », rapporte Michaël Valentin. « La visite d’un site de Tesla obéit aussi à un code de conduite très strict et s’accompagne d’un accord de confidentialité. ».

La personnalité du dirigeant participe aussi de la construction de ce nouveau modèle : leader visionnaire, Elon Musk est aussi un challenger et un coach. Il n’hésite pas à aller sur le terrain et résout des problèmes…. « Tesla est sans doute à ce jour le modèle le plus abouti d’une société qui pourrait se revendiquer de la 4e Révolution industrielle », résume Michaël Valentin.

Pour autant, cela ne signifie pas que les entreprises traditionnelles n’aient pas déjà développé de nouveaux comportements propres à la 4e Révolution industrielle. « En France, une entreprise comme Michelin est parvenue à être homogène et cohérente sur l’ensemble des principes du teslisme », poursuit le responsable d’OPEO. La 4e révolution industrielle pourrait-elle donc provenir d’une entreprise issue du toyotisme ? Pas impossible. Mais, pour ces entreprises, les efforts pour y parvenir sont significatifs. « Il ne s’agit pas seulement d’être capables d’améliorer sa compétitivité, mais aussi de revoir son business model », explique Michaël Valentin. « Cette transformation passe aussi par un véritable défi : celui d’une refonte en profondeur de son mode de pensée. »

Un salarié en quête de sens

L’épanouissement du salarié de demain passera par l’engagement dans une entreprise qui a du sens, selon Michaël Valentin. L’autonomie sera aussi au centre des attentes : « Les salariés auront de plus en plus besoin d’une marge de manœuvre et d’entrepreneuriat », estime le directeur associé chez OPEO. En raison du rythme exponentiel du progrès, la formation permanente deviendra incontournable. Les grilles d’évaluation individuelles seront remplacées ou complétées par des systèmes d’évaluation par compétences.

Dans ce nouveau schéma, les qualités interpersonnelles deviendront aussi prépondérantes. « Ce sont les salariés les plus à mêmes de travailler en groupe qui s’en sortiront le mieux », estime-t-il. Un petit brin de folie sera aussi nécessaire : « La créativité prendra le pas sur les tâches automatisables », conclut Michaël Valentin.


* Intégration des fonctions dans l’entreprise jusqu’au client final, les métiers de la supply chain, les rôles de chacun dans les projets. (d’où mon exemple dans l’article) les acteurs de l’écosystème dans l’entreprise et parallèlement  le partage des données entre tous ces acteurs pour favoriser la réactivité et la création de valeur

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innovation, transformation digitale

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